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Créer et transformer les paysages de nos quotidiens en territoires régénératifs tournés vers l’autonomie et l’abondance du vivant.


Baptiste Morizot

Revendiquer le projet de paysage, c’est le mettre en résonance avec la société et ses transformations, interroger l’habitabilité du monde. Le paysage, nous invite à penser autrement la manière dont nous prenons soin des écosystèmes dans lesquels nous vivons, et de là, à nous intéresser à l’attention que nous portons aux autres. La dynamique de paysage vient à la fois nourrir la régénération des écosystèmes naturels tout comme le lien social. Le Paysage nous engage.

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Pour apprendre à regarder et observer, au-delà de simplement voir. Prendre le temps de parcourir et de s’attarder, pour s’ouvrir à l’émotion et au sensible du paysage et du vivant. Respirer. Expirer. Ressentir.

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Pour des écoles du dehors, des écoles oasis, où le lieu de découverte du monde et d’enseignement se fait dans un paysage. Au contact. Remettre au centre de l’attention la démarche scientifique. Prôner les sciences participatives. Construire avec les générations, le savoir, le déjà-là, les faits collectivement validés, pour questionner puis agir avec pragmatisme à la fabrication de nos territoires et cadre de vie.

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Pour mettre au cœur du projet de paysage la notion d’écosystème, pour embrasser la complexité et la diversité. Pour la prise en compte de la variabilité. Vers une bio et éco-inspiration et un mutualisme qui proposent une meilleure habitabilité du monde.  Pour une biodiversité rendant des services écosystémiques par un déploiement large et entier des SfN (solutions fondées sur la nature) dans des projets d’urbanisme portés par le sujet du paysage. 

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Pour décaler le regard, faire le pas de côté, élargir les possibles, du moins les interroger. Sortir du silo, changer le point de vue, tourner autour du sujet. Pour des gouvernances partagées, pour une porosité des limites et des échanges. Le paysage est une discipline intercalaire, s’exerçant dans un va et vient constant entre la dimension du territoire jusqu’à l’échelle du microscopique.

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Pour prendre en compte à travers les projets de paysage les limites naturelles et planétaires structurantes de notre environnement. La limite est constitutive du réel. Sa prise en compte signifie la préservation des conditions pour un futur viable et nous éloigne ainsi du seuil d’effondrement et des dépassements. Les limites questionnent les ressources, l’énergie et leurs accessibilités. Pour favoriser une meilleure distribution, pour réduire les inégalités afin de déployer une justice à la fois sociale et environnementale.

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Pour habiter avec douceur, amabilité et tisser des liens, des coutures avec l’humain et le non humain, le vivant. Pour habiter des paysages en symbiose, pour coexister en interactions. Pouvoir appréhender, penser, concevoir et vivre dans notre environnement à hauteur d’enfant, à hauteur d’adulte, à hauteur vieillissante, à hauteur de toutes nos spécificités et singularités dans une prise en compte inclusive. Susciter un sentiment d’attachement et d’adhésion pour mieux prendre soin. Projeter des usages communs et des espaces sociaux partagés.

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Sans la vie, le sol ne peut pas exister et sans sol vivant la vie ne peut pas prospérer. Le sol est central dans la régulation du climat, de la séquestration du carbon, à la purification de l’eau, à la qualité de notre alimentation jusqu’à la biodiversité. La plante, à travers le cycle du carbone et celui de l’azote, joue ce rôle incroyable de pouvoir capter, transformer et relâcher. Elle est un catalyseur à travers ses racines et leur associations symbiotique (mycorhizes). Son feuillage (évapotranspiration) joue un rôle essentiel dans le cycle de l’eau. L’enjeux est de retenir, temporiser, absorber. Mettre en avant l’eau verte à travers une hydrologie régénérative.

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Pour un paysage nourricier et biodiversifié, où la qualité de notre alimentation est intimement liée à la santé de notre environnement et par conséquence la nôtre. Pour une agriculture urbaine, des jardins collectifs, pédagogiques et permacoles. Pour des projets agricoles en transitions, tournés vers l’agroforesterie, la permaculture, le biologique, la syntropie, la conservation des sols. Vers une relocalisation, une autonomie et une sécurité alimentaire, encore sensible dans les milieux insulaires.

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Pour prendre en compte l’aspect transitoire, mouvant et évoluant du paysage. Intégrer le temps de la croissance naturelle. La plante, le vivant ne sont jamais fixes et immuables, par définition ils évoluent. Accepter les cycles, que cela advienne et que cela disparaisse. Vers une intégration du risque comme composante pleine et entière de notre habitabilité. Intégrer et faire avec l’oscillation et l’instabilité. 

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Pour concevoir la ville comme un organisme vivant et organique se transformant en paysages fertiles. Pour des paysages régénératifs, qui améliorent notre cadre de vie. Vers plus de densité et de diversité des interactions. Pour donner de la place à la souplesse et à la plasticité. Pour permettre à un système de maintenir sa stabilité ou sa viabilité malgré les fluctuations : rendre robuste notre adaptation aux changements.  

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Pour une gestion économe et rigoureuse en s’appuyant sur le low-tech. La simplicité volontaire et la sobriété fonctionnelle pour éviter les effets rebonds. Pour valoriser l’entretien et la maintenance qui est toujours moins couteuse que la reconstruction. Investir pour le temps long. Et peut-être parfois, prôner le laisser faire et le réensauvagement. 

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Pour des horizons désirables portés par des initiatives concrètes et ancrées. Le paysage ça se partage. Pour une abondance heureuse, qui n’épuise pas les ressources, qui compose avec humilité et lucidité. Pour amplifier la vie, essaimer et éclairer l’éventail des possibles afin d’agir dans la joie.